Il y a une question qu'on me pose souvent, en tant illustratrice, enfin il y a des questions....par exemple qu'est ce que ça fait d'être une Aaaaartiste, ou est ce que je ressemble à mes dessins,etc, etc.

Il y en a une qui revient souvent et qui est en gros : « vous illustrez toujours des scènes avec des gens beaux, riches et joyeux, d'un standing haut de gamme, dans un univers beau, riche et joyeux, est ce que cela veut dire que ce sont les valeurs que vous défendez? ».

Généralement je réponds laborieusement que je suis illustratrice et que je fais donc de l'art appliqué et que le plus souvent mes dessins répondent à des commandes et à des contraintes professionnelles, travail personnel inclus, ou du moins celui que je montre dans mon portfolio professionnel, histoire de ne pas scier la branche sur la quelle je suis assise.

Je ne suis pas malheureuse de faire des gens beaux, riches et heureux, même j'y prends un certain plaisir, mais mes intentions ne vont pas plus loin généralement que faire bien mon travail, en tirer suffisamment de satisfaction artistique et personnelle, et que mon client soit satisfait lui aussi.

Ce qui m'a le plus étonnée c'est le jour où, en accessoire à cette question, pour le magazine Lamono on m'a cité une polémique sur l'illustrateur Jordi Labanda (les parfums Zara ou l'âge d'or de Wall Paper c'était lui..):

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« In the internet, theres some illustration and design forums with hard critiques to Jordi Labanda. He´s named as a "bourgeois symbol" and a "consumption prophet¨. Even, some user said Labanda illustrates "ghosts which only live in Cosmopolitan". Is that a risk for a fashion illustrator? It´s posible to stop of side "the other world", the part whithout models and all-day nice people? »

Je ne connais pas les pensées de Jordi Labanda et je n'étais pas au courant de la polémique. Mais j'ai récemment trouvé dans « Mon Nom est Rouge » d'Orhan Panuk une petite phrase qui m'a fait chaud au coeur alors qu'elle est issue ,en contexte, des lèvres d'un vieux maître d'atelier de miniatures, à Istanbul, en hiver 1591:

"S'imaginer qu'un peintre ressemble au sujet qu'il dépeint, c'est ne rien comprendre à ce que nous sommes. Ce qui nous révèle au grand jour, c'est moins le sujet de nos oeuvres, qui est déterminé par le commanditaire, et ne varie presque jamais, que la sensibilité que nous  faisons discrètement passer dans notre manière de le traiter: une lueur qui semble émaner des profondeurs de l'image, la retenue ou l'impétuosité qui caractérise une composition d'arbres, de personnages ou de chevaux... »

On ne peut pas à la fois faire du dessin et avoir les mots aussi juste qu'un écrivain (un bon si possible)...